
Monsieur, bonjour et merci d’accueillir l’équipe de Reporterre Media International au sein du GIC ecoFarma. Tout d’abord, est-ce que vous pouvez vous présenter et présenter votre structure ?
Je m’appelle François Menguelé. Ingénieur-urbaniste de formation et spécialiste des politiques publiques, je totalise 30 ans de carrière en conception, montage et gestion des programmes de développement durable dans plusieurs pays. Mon travail de base consiste à construire et à aménager les villes. En plus de cela ma passion, c’est d’approvisionner les habitants des villes en aliments sains et bio. En effet, je suis passionné d’agriculture depuis la tendre enfance. Je peux dire que j’ai grandi dans le travail de la ferme. En marge de mes trente années d’expatriation, mes voyages au Cameroun natal ont toujours été jalonnés de nostalgie. Le village ou j’ai grandi a été envahi par la ville. La forte pression de l’urbanisation a complètement transformé le cadre de vie rural d’antan. Cette transformation a quelque peu brouillé mes souvenirs d’enfance. Difficile de reconnaitre les lieux ou j’allais cueillir les fruits sauvages, tendre les pièges pour attraper du gibier, faire la chasse aux oiseaux, pêcher du poisson dans les eaux douces, travailler la terre, couper les branches de raphia pour fabriquer des voitures en bambou, puiser de l’eau de source, prendre un bain dans la rivière après une longue journée de travaux champêtres, faire du foot avec des amis, en attendant que la nourriture fût apprêtée, etc.

La ferme ecoFarma est née de la volonté de reconstruire une partie de la mémoire de cette enfance lointaine. venons-en à l’appellation ecofarma : eco renvoie à l’écologie, tandis que farma renvoie à la ferme et en même temps au diminutif du terme pharmacie. Il s’agit d’une ferme agro-écologique et d’un projet de développement communautaire qui offre au consommateur une variété de denrées alimentaires d’origine végétale, animale et piscicole issues de la production biologique, ainsi que des prestations d’écotourisme dans un cadre naturel pittoresque entouré de sept pics montagneux. Tout cela en mode intégré. Ecofarma offre un cadre propice pour la formation entrepreneuriale des jeunes et de la femme rurale en agro-écologie économiquement viable, respectueuse de l’environnement et orientée vers l’atténuation de l’impact du changement climatique. En effet, nous accueillons des stagiaires issus des écoles d’agriculture à l’intérieur du Cameroun, des femmes et des jeunes tâcherons qui sont à la recherche d’un emploi de courte durée leur permettant d’acquérir des nouvelles connaissances pratiques pendant leur séjour. La ferme est organisée en GIC, mais une mutation en coopérative est envisagée sous peu. Malgré l’urbanisation qui avance à grands pas, beaucoup d’espèces viennent trouver refuge dans ecofarma tels que les oiseaux, les tortues, des singes, des reptiles, rongeurs, porc-épics, insectes et j’en passe…
Au niveau de la botanique, vous trouvez des essences qui permettent de soigner l’une ou l’autre maladie. En effet, ecofarma promeut la connaissance de la nature et de ses vertus. Tout ce qu’on cultive ici doit rentrer dans le schéma de la connaissance, du bien-être, du manger sain et du respect de la nature. Nous disons halte aux composés et substances chimiques et au plastique car la vision d’ecofarma, c’est «la passion du bio ».
Un réseau panafricain d’innovations en voie de lancement
Nous travaillons en réseau avec une variété d’initiatives du même type situées dans plusieurs pays africains, tels que le Mali, le Togo, le Congo, le Kenya, l’ouganda, et l’Egypte. Le but de la plateforme c’est de promouvoir le partage des solutions africaines innovantes dans le domaine de l’agro-écologie comme source de business respectueux des principes du développement durable. Cette plateforme sera lancée d’ici la fin de l’année. A terme, il s’agira aussi de faciliter la mobilité professionnelle de jeunes africains passionnés d’agro-écologie au sein du continent et d’offrir ainsi une alternative viable à l’exode massif et périlleux de jeunes vers l’Occident.

Danser avec la nature…
Pour emprunter un terme utilisé par un grand fermier Africain qui fait partie de nos inspirateurs (le Père Godfrey Nzamujo, directeur du centre Songhaï au Benin) le projet ecofarma vise à « danser avec la nature en faisant du biomimétisme ». C’est-à-dire comprendre comment fonctionne la nature et reproduire les principes qui sous-tendent le déploiement de son génie. Je vais vous dire une petite anecdote : Nous avons un arbre ici qui produit certaines noix. Lorsque ces noix arrivent à maturité, la coque éclate, les noix tombent. Si vous allez chercher ces noix, vous n’allez jamais les trouver. Pourquoi ? Parce qu’il y a des petits rongeurs, des écureuils et autres qui les mangent aussitôt que les noix tombent. En explorant les connaissances ancestrales par rapport à cette noix nous avons pu découvrir que ces dernières sont répulsives aux reptiles et donc protectrices contre les morsures de serpent, ce qui veut-dire que les humains peuvent aussi s’en servir pour les mêmes fins.
Ecofarma, c’est aussi un site d’expérimentation des cultures que l’on trouve un peu partout dans le monde.

Nous avons expérimenté la pomme cannelle. Elle a poussé. Nous avons également en chantier le fruit du dragon qui est répandu en Asie. Nous attendons les premiers fruits dans quelques semaines. Même chose pour le khaki, encore connu sous le nom de persimon, fruit très sucré qui pousse en Israël, en Égypte, en Afrique du Sud. Tout cela montre que la nature est la seule qui puisse vous donner la vraie réponse, pour peu que vous l’écoutiez.
Propos recueillis par Alex Michael TANON
